Pause philo #5

Jeudi 21 novembre 2013 : 5ème Pause Philo.

http://www.dreamstime.com/-image1174182Après avoir cru ne pas faire de séance, des personnes sont arrivées, rejointes par d’autres, dont une ayant fait le déplacement depuis Bordeaux !

Présentations faites des personnes présentes, du lieu et de la gestion de la pause philo, plusieurs sujets ont été proposés, pour ne retenir que celui ayant fait l’unanimité des personnes présentes :

Y-a-t-il une hiérarchie dans la souffrance ?

La personne ayant proposé le sujet a alors démarrer la discussion avec un constat : Il n’est pas rare de voir certaines communautés revendiquer une souffrance plus grande que d’autres, de part leur histoire. Ils/elles instrumentalisent donc la souffrance de leur communauté pour avoir quelque chose. Un type de manipulation. Tout comme à l’inverse, la stigmatisation de certaines communautés sous couvert de souffrance réelle ou supposée. Avec l’exemple de la focalisation de beaucoup sur l’origine de la viande hallal, sous couvert que l’étourdissement provoquerait moins de souffrance (car dans les faits il y a beaucoup de ratés), l’opinion publique stigmatise des gens et la xénophobie teintée d’islamophobie remplie les mentalités. La personne conclut alors son introduction en affirmant que la souffrance est une valeur absolue que l’on ne peut hiérarchiser.

La discussion et les échanges ont été riches et il serait difficile de tout retranscrire. Mais en voici les grandes lignes :

Chaque personne réagit différemment à la souffrance et c’est donc impossible de la hiérarchiser. Même si certaines religions parlent de sacré et de sacrifices rituels au nom d’un dieu quel qu’il soit, cela donnerait-il une caution plus acceptable de la souffrance d’un être ? Mais encore une fois dans ce questionnement, c’est remettre l’humain au sommet de la hiérarchie et lui octroyer le droit de vie ou de mort au nom du sacré. Et même si elle est plus tolérable moralement, cette souffrance reste avant tout une souffrance pour celui ou celle (humain ou animal) qui la subit.

La religion reste une forme de domination de l’esprit sur le corps. L’exemple des guerres de religions et autres violences faites en leurs noms jusqu’à tuer d’autres humains. L’idée même de sacrifice est un des rouages des pensées religieuses. Le fanatisme n’est autre que la radicalisation à l’extrême de la foi jusqu’à la violence physique en infligeant des souffrances aux autres. Chaque religion possède ses dogmes et son échelle de valeur qui influencent les croyants/croyantes à accepter la souffrance pour elles/eux-mêmes et pour les autres.

De l’avis de certains/certaines, la vie était plus sacrée autrefois, elle l’est moins, voire plus du tout  aujourd’hui. Des peuples qui vivent encore aujourd’hui en relation avec la nature et qui n’ont parfois pas le choix de tuer pour vivre, jusqu’à certaines formes de cannibalisme.

Pour d’autres, les croyances religieuses ne prennent pas la vie comme sacrée puisqu’elles parlent de vie après la mort (élévation, réincarnation…), c’est plutôt même la négation de la vie terrestre. Ce qui ne doit pas justifier l’obligation de manger de la viande, mais de chercher à se nourrir avec l’abondance du milieu végétal dans lequel les êtres vivants se trouvent.

Toutes les régions du monde ne possèdent pas de végétaux, et certains peuples de la banquise mangent d’autres animaux car il ne pousse rien. Ils s’obligent à tuer pour survivre. Et en dehors de toute considération a penser qu’ils n’ont rien à faire là dans ce cas, c’est une exception humaine. Et il est plus facile aux humains de vivre entouré de végétaux que d’animaux sauvages facile à chasser sans outils.

La discussion s’est recentrée sur la souffrance, en donnant l’exemple de maladies rares des nerfs dont souffrent certaines personnes qui les rendent insensibles à la douleur. Alors, dans ce cas, que penser de leur rapport à la souffrance des autres ? Il n’est peut-être pas obligé de pouvoir souffrir pour parler de hiérarchie de la souffrance. Et si l’on a pas besoin de ressentir de la souffrance pour être respecté, on peut alors dire que toute chose a droit au respect et que la planète aussi en train de souffrir de par la dégradation de sa biodiversité ?

Quelqu’un a alors posé cette question : Un lion se pose-t-il la question de savoir s’il fait souffrir sa proie ?

Une réponse a été donnée : Le lion n’a pas le niveau de conscience de son implication dans son processus alimentaire, alors que l’humain peut faire la part des choses et comprendre ce qu’il fait subir aux autres. Les gens s’approprient la planète et tout ce qui vie dessus pour son bon vouloir, et ce, à n’importe quel prix et n’importe quelle souffrance.

L’exemple d’un mouvement peu connu, de personnes qui ne se nourrissent plus d’aliments physique a été présenté. Certains/certaines ne mangeant et ne buvant plus sans aucun problème de santé ou de perte de poids.

La souffrance physique est une chose, mais la souffrance morale est parfois plus forte et dévastatrice car elle peut faire des dégâts sur du long terme.

L’exemple d’une lionne qui avait adopté une gazelle a été présenté : Un fait hors du commun qui avait défrayé la chronique et le monde scientifique. Une lionne refusant de manger de la viande et s’occupant d’un bébé gazelle jusqu’à mettre en danger sa propre santé.

Il avait été dit que la viande avait permis la croissance du cerveau humain et engendré son incroyable évolution, mais de nombreux scientifiques s’accordent à démentir ces thèses, en affirmant que le cerveau humain s’est développé grâce à la cuisson des aliments, ce qui a induit une meilleure assimilation des aliments, tant pour la mastication que pour la digestion. Les premiers humains ayant trouvé la cuisson avaient donc moins temps à passer à manger et pouvaient alors faire d’autres choses. Les recherches sur l’origine des humains montrent qu’ils/elles étaient des cueilleurs, et qu’ils ont ensuite mangé de la viande, par mimétisme des grands prédateurs carnivores, et cela, sous forme rituelle de chasse pour devenir le sommet de la chaîne alimentaire.

Puis est venu l’histoire de « ne pas avoir le choix » face à un dilemme entre le fait de tuer un animal pour sauver sa propre vie ou celle d’un proche dans un endroit sans végétal ou ne pas tuer l’animal contre des souffrances. 

L’argument a été détourné par le fait qu’il est plus facile de se retrouver dans un monde végétal sans animaux, ou avec la difficulté d’arriver à les chasser plutôt que l’exemple donné.

De plus, il est indéniable que chacun et chacune d’entre nous fera le choix de préserver la vie d’un proche plutôt que celle d’un inconnu/une inconnue. Qu’il/elle soit humain ou animal dans les 2 cas. Certaines personnes préférant leur animaux de compagnie à des personnes inconnues.

Le temps était dépassé de beaucoup, et il était donc temps de conclure : Il existe une idée partagée de la hiérarchie de la souffrance en chacun/chacune d’entre nous qui fait que nous avons plus de compassion pour ce qui nous touche à certains degrés. Mais la hiérarchie de la souffrance en tant que principe n’est fondée sur rien d’objectif. Le fait même de penser à une hiérarchie de la souffrance, pourrait entraîner d’autres formes de discriminations, car un être qui souffre alors qu’il fait lui-même souffrir ne peut-il avoir en lui, la même souffrance que quelqu’un/une qui souffre sans faire souffrir ?

Un moment convivial, décontracté et très riche qui a continué par des échanges en groupes pendant quelques minutes encore avant de se donner rendez-vous à une prochaine séance.

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